Default Settings – Plastic #11

In 2020-21, I co-designed and piloted an experimental storytelling project called ‘Default Settings’ through Marco Polo Projectwith Matthew Ziccone as co-designer, Maddy Bean as producer, and Kay Stavrou, Declan Fry and Xueqian Zhang as associate storytellers. Default settings is an experimental creative project exploring questions of reflectivity, discourse, polyphony and audience agency. It invites a digital audience and a small cast of diverse associate storytellers to reflect on the various intersecting story-worlds that they inhabit, and stretch their capacity to create a common world by interweaving different stories, stemming from different traditions.

Default settings presents five storytellers, sharing stories in five parallel zoom breakout rooms. The audience moves room to room every two minutes, then takes part in a facilitated reflection to make sense of the experience. The only constraint for storytellers was a strict 22 minute time limit, and using the keyword ‘plastic’ for inspiration. The experiment involved playing with different languages: it was a chance for me to embrace my new digital persona as ‘calm, original and gently shady’, and go back to writing in French. I ended up writing a long philosophical reflection on the theme, in 11 parts, which I will share in 11 short posts.

Le danger, pour le comédien, c’est l’entropie. Les figures tragiques courent le risque de se voir pétrifiées, prisonnières d’un moule implacable : plutôt mourir que la métamorphose. Le personnage comique, lui, risque de se dissoudre à tel point que plus rien ne reste de lui. C’est l’art qui s’abaisse au trivial, comédie de bas étage, amants dans les placards, ou pétomanes, dont tout l’art consiste seulement à produire du vent. Mots qui flottent, sans rapport au réel, et tout ce qui est solide se dissipe en fumée

C’est un risque aussi pour la société dans laquelle nous vivons, qui creuse et met au jour les richesses du passé, pour le plaisir passager de la consommation. Des stocks de matière organique, accumulés pendant des millénaires, qui s’envolent pour le plaisir d’un instant. C’est l’exubérance joyeuse du gâchis, auquel fait suite une grande mélancolie. Lendemain de carnaval, où les masques et les plumes portés pendant la nuit se retrouvent dans le caniveau, pour finir dans le vortex de déchets du Pacifique, comme les jouets qui nous ont vu grandir, les poupées barbies, les robots transformers, et les dinosaures en plastique.

A moins qu’on ne sache les retenir et s’en servir pour gagner du temps, juste un peu.

Pour élever le niveau du sol, par exemple, et gagner quelques centimètres et quelques années face à la fonte des glaces et la montée du niveau des mers. De même que les fouilles dans les grandes métropoles antiques – Rome, Babylone ou Jérusalem – montrent plusieurs générations de villes superposées, chacune bâtie sur les déchets de la précédente : civilisation qui s’élève sur un amas d’amphores, de temples et d’idôles brisées. Mirage d’un moment, fait de poussière et bâti sur la poussière, mais qui pour un temps du moins se tient là. Est-ce qu’il y aurait moyen d’imaginer ainsi le futur pour nos métropoles ? Elever nos routes en les couvrant d’un matériau composite fait de jouets compressés, Barbies, Transformers et figurines de dinosaures. Recycler les rêves de l’enfance, et leur donner forme utile, pour nous sauver du désastre.

Default Settings – Plastic #10

In 2020-21, I co-designed and piloted an experimental storytelling project called ‘Default Settings’ through Marco Polo Projectwith Matthew Ziccone as co-designer, Maddy Bean as producer, and Kay Stavrou, Declan Fry and Xueqian Zhang as associate storytellers. Default settings is an experimental creative project exploring questions of reflectivity, discourse, polyphony and audience agency. It invites a digital audience and a small cast of diverse associate storytellers to reflect on the various intersecting story-worlds that they inhabit, and stretch their capacity to create a common world by interweaving different stories, stemming from different traditions.

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La comédie, c’est l’art de repousser la catastrophe – non pas l’éliminer, ni même en réduire le risque, simplement faire en sorte qu’elle arrive plus tard, demain, pas aujourd’hui. Parce qu’on sera mieux préparés, peut-être, et les conséquences seront moins graves. Ou si on ne l’est pas, le même génie pourra toujours nous offrir un autre délai. Et même si ça n’arrivait pas, on a toujours gagné vingt-quatre heures à vivre. C’est à cela que tend l’action des personnages comiques, c’est vers ce but qu’ils sont guidés par leur intelligence. Vivre un peu plus longtemps. Prolonger les choses.

C’est aussi, selon Moretti, le génie du roman chinois. Dans un passage de son essai Distant Reading, il analyse ainsi le Rêve dans le Pavillon Rouge par contraste avec les romans picaresques européens. Alors qu’en Europe, le roman présente les aventures d’un personnage central qui se transforme à mesure que des événements lui arrivent, en Chine, chez Cao Xueqin du moins, l’art du romancier consiste à présenter un ensemble de personnages dont l’action collective vise non pas à faire évoluer la situation, mais à la maintenir en place. Tout le plaisir, pour le lecteur, c’est d’observer le triomphe d’une intelligence humaine qui sait éviter le scandale, la faute, ou l’embarras.

La comédie, donc, serait un art conservateur. C’est un art de la durée, qui pour ses métamorphoses, requiert un arrière-plan stable. Sa limite, donc, c’est qu’elle dépend d’un bien préalable. Le pouvoir est aux mains d’un vieillard qu’il faut tromper, certes, mais ce pouvoir est là, sous une forme héritée, qu’il s’agisse d’argent, de terre, ou de titres. De même, la ville comme lieu du comique et des possibilités n’est pas tant la ville neuve, mais la ville existante, dont les rues et les bâtiments – de même que le language et les mœurs – sont la lente concrétion d’un passé commun.

La question qui se pose au génie comique est donc aussi toujours, sur les épaules de qui te tiens-tu debout ? Qui, donc, a fait les masques, écrit les mélodies, developpé l’infrastructure et le répertoire de formes dont tu dépens pour ton existence ? Et si tu sais lutter, si tu sais même triompher pour un temps contre la lumière qui s’éteint – sait tu créer du vraiment nouveau ? Sauras-tu régénérer le monde ? Ou faut-il, pour cela, faire appel à quelque autre pouvoir ?

Default Settings – Plastic #9

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Rire, même sourire, c’est toujours montrer les dents. Plutôt que mordre, je menace. Faisant quoi, je montre mon désir et ma capacité d’habiter un monde civilisé. On critique beaucoup les masques et les sourires faux : moi, je préfère leur rendre hommage. Après tout la retenue – ce que l’anglais nomme parfois passive agressive – n’est-elle pas préférable à l’agression frontale. Certes, un sourire hypocrite est désagréable, mais ne vaut-il pas mieux qu’un œil au beurre noir et les dents cassées ?

Mais j’admire plus encore un rire spontané, sans retenue, qui révèle en toute clarté les ridicules et les vanités du monde. Ce genre de rire est violent, parce qu’il porte un jugement tranché. Ta posture grandiloquente, je la tourne en dérision. Je déboulonne tes statues, je les noie sous l’avalanche de mon fou rire. Je liquide le sérieux derrière lequel tu cherches à cacher ta bêtise.

Il faut une grande flexibilité d’esprit, pour produire un tel rire. Il faut sentir les lignes de failles dans la réalité, trouver du jeu dans les structures du monde, pour défaire les choses avec si peu d’effort. Il faut aussi du détachement, pour accepter que le monde tombe en morceau. Et du courage, pour accepter les conséquences.

Quand la blague est trop directe, ou si l’autre n’en rit pas, elle peut faire des dommages. Le rire cause des hématomes à l’égo, il peut lui fêler les côtes, ou carrément lui briser la colonne et le laisser paralysé. D’où le risque aussi qu’un rire dont l’intention n’était que d’alléger la situation soit, au contraire, le point de départ pour une vendetta sans fin. La digue cède, et c’est la catastrophe. Il est donc important, non seulement de cultiver l’agir comique, mais d’apprendre à recevoir le rire avec grâce. La capacité d’encaisser les blagues est une forme précieuse de la force : notre plus important rempart contre le chaos.

Default Settings – Plastic #8

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Pour un temps, quand j’étais parisien, j’ai cultivé ma capacité à trouver les choses drôles. J’ai ri beaucoup, de beaucoup de choses. Et j’irritais les gens. Je me souviens d’un jour où j’étais allé voir Inland Empire de David Lynch avec Philip, dans un cinéma des Grands Boulevards. Il y a cette scène grotesque au milieu du film, où des personnages en costume de lapin dansent dans le salon d’un pavillon de banlieue sur l’air de Locomotion par Kylie Minogue. En quelques secondes, le fou rire m’a pris. C’était un rire plein d’admiration, qui célébrait le génie de Lynch. Vies banlieusardes aliénées par la musique populaire, lapins de pub Duracell et leur enthousiasme sans but, mystères d’une sexualité bestiale, le rêve américain comme rêve du mouvement perpétuel, et son expression tordue capturée par la caméra d’un génie californien – toutes ces pensées me venaient à la fois, causant un rire fort, joyeux, libérateur. Mais dans le cinéma, les autres spectateurs m’ont beaucoup regardé de travers. David Lynch, c’est du sérieux.

Je me souviens d’une autre scène de rire mal à propos. Mon ami Radu, compagnon de rire à l’époque, m’avait emmené dans un théâtre où l’on montait une pièce roumaine qu’avait traduit sa sœur. L’histoire m’échappe maintenant, j’ai seulement souvenir de ma perplexité devant des scènes grandiloquentes et des personnages caricaturaux, jusqu’à ce que l’un d’entre eux dise, si je me souviens bien, qu’un des grands vices du régime, c’est de présenter la comédie comme une tragédie. Croyant trouver dans cette phrase une clef de lecture pour la pièce, j’ai libéré mon rire en plein. Ces personnages ridicules et leurs phrases enflées, j’en riais à grand cœur. Comme dans le cinéma des grands boulevards, je voyais des regards de côté fâchés. Une jeune femme s’est même tournée vers moi pour me dire, ‘écoutez, sortez, vous n’avez donc aucun respect’, et moi perplexe, entre deux rires, qui lui dis ‘mais c’est une comédie’.

A la fin de la pièce, il y avait un cocktail improvisé. L’auteur est là, il remercie les acteurs et les spectateurs, puis dit ‘certains semblent avoir compris que ma pièce était une comédie’ – je lève les yeux vers lui, pour rendre hommage à son génie, ‘mais ce n’en est pas une.’ Je garde le silence, perplexe, en pensant ‘Quel dommage : c’est la chose la plus drôle que j’ai vue cette année’. 

Default Settings – Plastic #7

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Ma plus grande source d’espoir, quand j’y réfléchis, c’est la plasticité de l’être humain. J’y trouve l’espoir que le monde pourra s’améliorer, pour peu qu’on trouve le mot juste ou l’action juste, au moment juste. Adopter le bon rôle donc, et le jouer bien – ce que l’anglais nomme ‘acting’ – mais qu’on pourrait aussi bien nommer la comédie – c’est le moyen qui nous est donné pour transformer le monde.

La plus belle expression de cet optimisme, c’est la musique de Rossini. C’est le rythme et l’enthousiasme des ouvertures : les thèmes différents qui s’enchaînent et semblent émerger l’un de l’autre. C’est Figaro, l’homme aux mille métiers qui résout mille affaires par jour, et donne un nouveau visage à ses clients d’un coup de rasoir et d’une paire de ciseaux. C’est le Conte Almaviva qui se déguise en prêtre pour approcher sa bien-aimée, et c’est Rosine qui chante à double-sens, pour être entendue de son amant sans alarmer son tuteur.

Le génie comique est un génie du déguisement. Il est à l’exact opposé d’Antigone, rigide en face de sa sœur, de Thèbes et de Créon, qui prononce, ‘voilà qui je suis, rien ne me convaincra, je ne changerai jamais.’ Cette posture tragique force l’admiration ; mais je trouve plus admirable encore le talent qui s’adapte à la situation, prend mille formes différentes, et résout les problèmes en trickster.

Il y a derrière cette approche comique une autre conception du temps : durée contre éternité. Si le but, c’est d’éviter qu’un vieillard ne crée pour la jeunesse une situation désastreuse, en forçant un mauvais mariage par exemple – il suffit de préserver la possibilité d’un changement, jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée, ou que le vieillard disparaisse de lui-même. La tromperie s’y prête mieux que les grands gestes.

C’est le génie d’Ulysse, et c’est un génie chinois, qui se donne pour but le succès, pas la posture. C’est un génie qui voit, non pas la droiture ou la pureté, mais la capacité de métamorphose comme la plus haute expression de l’humain. Ce génie comique est aussi celui des migrants – ceux qui savent adapter leur identité, leur sens de soi, à l’environnement d’un nouveau pays. C’est le génie de l’Australie et – oui – même celui de l’Amerique. C’est, plus profondément, le génie de la métropole, où montent les curieux depuis la campagne et la province. Ceux qui réussissent dans la grande ville sont ceux qui savent se transformer, s’adapter, se métamorphoser, chaque mutation leur ouvrant l’accès d’une situation nouvelle.

Default Settings – Plastic #6

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‘Danca da Soledao’ est ma chanson de 2020. Elle m’évoque les génies mêlés du Portugal et du Brésil, du Fado et de la Bossa Nova. Elle met en mouvement la tristesse et la solitude – et par ce mouvement les allège. J’ai découvert d’abord cette chanson grâce à l’algorithme de Spotify dans sa version live, chantée par Marisa Monte. Puis à mesure que je me prenais d’affection pour elle, j’ai délibérément cherché d’autres versions, et les ajoutais à mes listes: celle de Beth Carvalho, celle de Paulinho da Viola, celle d’Andrea Motis.

Quand je pense à la musique populaire des quinze dernières années, j’ai l’impression que les plus grands succès sont apparus d’abord sur une émission de téléréalité. C’est Julien Doré qui reprend ‘les Bêtises’ ou ’C’est pas ma faute’, classiques mièvres en version blues, à l’octave. C’est les douzaines de reprises qu’on voit sur YouTube, sur la Nouvelle Star ou The Voice, à travers le monde. C’est toute la bande son de Glee, c’est Rachel et Finn qui redonnent du punch à Don’t stop believing, c’est la version gay de Teenage Dream par Blaine et les Warblers, ou Make you feel my love en ode mortuaire pour Cory Monteith. Au cinéma, c’est Baz Luhrman dans Moulin Rouge qui monte Roxane en version tango. Mais la tradition va plus loin : c’est les standards de jazz, ou de Bossa Nova, repris par les grands noms de la musique: Summertime, Girl from Ipanema, Mack the Knife, interprétés par Gilberto Gil, Ella Fitzgerald ou Nina Simone.

Ces rythmes, ces mélodies, ces paroles, sont un héritage collectif. Une source de bonheur que nous ont légué les ancêtres. C’est aussi notre devoir, à nous les vivants, de garder ces musiques en vie, non pas juste à l’identique, mais en les adaptant. Chacune de ces chansons, chacun de ces classiques est comme un masque de Commedia dell’arte. C’est Polichinelle, Colombine, Arlequin. C’est une forme qui – lorsqu’un comédien l’endosse – lui permet d’exprimer, de ressentir et de provoquer certaines émotions. Ce sont les formes héritées qui nous préservent du chaos, qui réduisent l’effort nécessaire pour trouver l’émotion juste – et qui, donc, permettent un plus grand raffinement dans nos relations l’un avec l’autre, et ce que nous pouvons savoir de nous-même.

Default Settings – Plastic #5

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Il y a, dans l’ancien testament, une longue section qui décrit en détail les plans du temple de Jérusalem. C’est une section notoirement difficile à lire, ennuyeuse aussi. ‘Il y aura quatre colonnes, sur une base carrée d’argent pur. Entre chaque colonne, il y aura un voile de dix pieds, en lin blanc translucide. Et sur l’autel, quatre saphirs. Etc etc’ C’est une série sans fin de détails matériels. Il est fréquent de la sauter lorsqu’on lit pour la première fois la Bible, mais en adolescent studieux, je me souviens d’en avoir lu chaque ligne à quinze ans. Toutefois, depuis, je suis resté perplexe : pourquoi dévouer tant d’espace à ces details qui semblent sans importance, a des millénaires de distance ? Spirituellement, que peut-on gagner à lire la description du temple ? Est-ce que cela peut nous amener à vivre une vie plus juste, ou nous rapprocher de Dieu ? Et si non, pourquoi cette partie du texte a-t-elle été préservée ?

Mais plus récemment, précisément depuis que je suis tombé sur un de ces passages en ouvrant ma Bible au hasard, je me suis mis à penser à cette partie du texte différemment. Ce n’est pas que la forme spécifique du temple soit importante en soi, qu’il y ait plus grande justice à construire des colonnes carrées plutôt que rondes. Ni même qu’il faille chercher pour chaque élément son explication symbolique. Non, plutôt, ce que cette longue description nous rappelle, péniblement, avec tout l’ennui qu’on éprouve à la lire, c’est que toute forme de religion – toute activité spirituelle sur cette planète – doit prendre une forme matérielle spécifique. Le lieu de rassemblement pour les fidèles sera couvert ou non d’un toit. S’il est couvert d’un toit, il y aura des colonnes, ou non. Ces colonnes seront soit rondes, soit carrées. Elles seront en marbre, en métal, ou en bois. Elles seront ou non décorées, de fruits, de fleurs, d’animaux, de figures humaines ou de lignes géométriques.

Donc, ce qui est en jeu dans cette longue description du temple, c’est la possibilité d’un monothéisme incarné. Le paien prend pour objet d’adoration l’idée qui s’incarne en forme locale – et donc anticipe la multiplicité des formes, distinctes en chaque lieu. Le monothéisme requiert l’unique : c’est le temple de Jérusalem, sa forme dictée par les commandements divins. C’est la pierre noire de la Kaaba, météorite sans pareille sur terre.

Mais il faut bien que l’unique prenne forme, sans quoi les fidèles risquent de tomber dans une idôlatrie pire que celle des païens : l’adoration du vague, du bien sans caractère, du beau sans forme.

Default Settings – Plastic #4

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Dans mes voyages, j’ai toujours je crois cherché l’unique, ce dont je ne pourrais pas faire l’expérience chez moi : c’est vrai. Mais plus précisément, je crois, ce dont j’ai toujours été en quête, c’est une sorte d’unique reconnaissable, un unique dont je puisse me souvenir et parler en me servant des mêmes concepts et du même vocabulaire que j’utilise pour décrire mon environnement familier. Quand je voyage, donc, je recherche l’unique habituel, plutôt que l’incomparable ou le radicalement neuf.

C’est comme ça qu’au fil de mes voyages en Chine, je me suis attaché à un certain type de café. Des cafés où j’irais volontiers passer la matinée s’ils étaient à Melbourne ou Paris, mais avec un petit quelque chose de différent, une touche de couleur locale. Et lorsque j’en ai trouvé un, j’aime y retourner, comme en pélerinage.    

A Guangzhou, il y a un café Starbucks, le plus beau Starbucks du monde, à mon avis, sur l’île de Shamian. L’île de Shamian, c’est là que les puissances coloniales, la France et l’Angleterre, avaient leurs bureaux. C’était la zone des concessions, une sorte de Hong Kong intérieur quoi, ou de Shanghai cantonais. Donc, belles maisons coloniales à balustrades, et dans l’une d’entre elles un Starbucks avec des tables sur la terrasse, des grands ventilateurs, et vue sur les arbres géants des tropiques, les frangipanes, et les vieilles dames qui dansent dans la rue. Lorsque je travaillais avec la Suède, et que je prenais souvent l’avion, j’insistais pour m’arrêter deux jours en escale à Guangzhou, où je passais la moitié de la journée dans ce Starbucks, pour lire, écrire et réfléchir.

A Beijing, il y a le ‘Waiting for Godot’, sur la rue qui continue GuiJie, un café pour hipsters pékinois, très sombre, avec des affiches de film et des graffitis sur les murs, une salle à l’avant qui fait plutôt café avec des sandwiches, et une autre a l’arrière, plutôt bar, avec des bières belges. J’y ai passé des heures, à faire ce que je ferais ailleurs, lire, écrire, et revoir des textes  – ou même, en 2016, revoir des épisodes de Gossip Girl, simplement pour me détendre après la conférence des Jeunes Entrepreneurs du G20. A Shanghai, il y a ce petit café sans nom sur Wulumuqi lv, dans la zone de l’ancienne concession française, avec des tables en faux bois, un expresso très fort et très mauvais, où je me suis souvent arrêté, et où j’ai de bons souvenirs. Pareil, j’y retourne toujours quand je suis à Shanghai, je fais même un détour pour y passer, par une sorte de nostalgie.

Ce n’est pas l’exotisme que je cherche donc, pas vraiment, mais plutôt cette extension du domaine familier, cet expansion du connu dans l’inconnu – pour me sentir chez moi partout, jusqu’en Chine. C’est la même impulsion qui m’amenait, quand j’étais étudiant, à faire le grand tour des musées, parcourant l’Europe et l’Amérique du Nord, non pour y découvrir de nouveaux artistes, mais pour m’arrêter toujours devant les Raphael et les Boticelli, les Vermeer, les Rembrandt, et les paysages du Lorrain.

Default Settings – Plastic #3

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J’avais huit ou neuf ans, et j’étais en visite dans la famille de ma mère en Moselle. C’était à deux heures au plus de Strasbourg, où j’habitais, mais à l’époque, pour moi, ça semblait loin : il fallait traverser les Vosges. Je passais souvent les vacances avec ma grand-mère ou ma tante, à la campagne, entre Metz et Nancy, mais ce jour-là, ma tante m’avait emmené en ville pour déjeuner dans une pâtisserie. Apres ça, on était allé se promener dans les rues du centre-ville, et on s’est arrêtés chez le marchand de jouet.

‘Des Inédits’, j’ai crié devant les transformers, ‘même pas encore vus à la télévision’. Je me souviens que ma tante me l’a répétée cette phrase, pendant des années : ça l’avait faire rire ! Mais pour moi, c’était magique. Ce magasin, dans une vieille rue de cette ville que je connaissais mal, c’était comme un portail vers une autre dimension. J’avais du mal à concevoir qu’il puisse y avoir des jouets transformers qu’on n’ait pas encore vus à la télévision, et donc la seule chose qui puisse faire sens, c’est que Metz soit en avance sur le reste de la France – qu’ils vivent dans le futur, avec des nouveaux robots sur les ondes et dans les magasins. Et bien sûr, je ne saurai jamais si c’était juste une histoire de timing – si par hasard la mise en vente de ces nouveaux robots dans les magasins francais se trouvait coincider avec ma visite à Metz, ou si quelque chose de vraiment magique s’était produit ce jour-là.

Mais l’expérience m’a marqué. Quelques années plus tard, les quelques fois où mon père m’a emmené en voyage à l’étranger, à Londres, en Grèce, je le tannais toujours pour qu’on aille dans les magasins de jeux videos. J’espérais toujours que cette expérience se répète, qu’à l’étranger, je pourrais trouver quelque chose de différent.

Ca continue d’ailleurs, d’une autre manière, à l’âge adulte. En voyage, j’aime visiter les librairies, à la recherche de quelque chose de neuf, d’original, dans une autre langue souvent : des livres qu’on ne trouverait pas dans mon pays, en France, en Australie – des livres en allemand, en grec, en Italien, en espagnol, en chinois. Et c’est en partie pour ça, je crois, que j’ai tant aimé apprendre les langues étrangères : pour la magie de découvrir quelque chose de nouveau, d’inédit.

Default Settings – Plastic #2

In 2020-21, I co-designed and piloted an experimental storytelling project called ‘Default Settings’ through Marco Polo Project, with Matthew Ziccone as co-designer, Maddy Bean as producer, and Kay Stavrou, Declan Fry and Xueqian Zhang as associate storytellers. Default settings is an experimental creative project exploring questions of reflectivity, discourse, polyphony and audience agency. It invites a digital audience and a small cast of diverse associate storytellers to reflect on the various intersecting story-worlds that they inhabit, and stretch their capacity to create a common world by interweaving different stories, stemming from different traditions.

Default settings presents five storytellers, sharing stories in five parallel zoom breakout rooms. The audience moves room to room every two minutes, then takes part in a facilitated reflection to make sense of the experience. The only constraint for storytellers was a strict 22 minute time limit, and using the keyword ‘plastic’ for inspiration. The experiment involved playing with different languages: it was a chance for me to embrace my new digital persona as ‘calm, original and gently shady’, and go back to writing in French. I ended up writing a long philosophical reflection on the theme, in 11 parts, which I will share in 11 short posts.

Quand j’étais petit, je jouais avec des poupées. Ce n’était pas des barbies, mais des genres de barbies, à l’image d’une chanteuse pour enfant célèbre à l’époque, et qui s’appelait Chantal Goya. J’étais obsédé par elle. Et je faisais ce que, sans doute, les autres petit garçons gays font à leur poupées : je les habillais, j’inventais des histoires dont elles étaient l’héroine, et je leur coupais les cheveux. Je me souviens que j’avais plusieurs poupées Chantal Goya – trois ou quatre peut-être ? Autant que je me souvienne, elles étaient toutes pareilles, toutes dans le même emballage, avec la même robe, une sorte de blouse de grand-mère brune en coton a fleurs.

Quand j’y repense, je me demande : c’est étrange que j’aie voulu plusieurs exemplaires de la même poupée. J’ai bien dû demander à mes parents de me les acheter : mais après la première, pourquoi ? Et je n’étais pas seul : quand j’allais jouer avec mes copines, elles avaient plusieurs Barbies, je crois. Il y avait Barbie sport, Barbie chanteuse, Barbie se marie. Le même visage, le même corps, au plus un maquillage un peu différent. Mais même si toutes les Barbies se ressemble, on savait les reconnaitre – et tout le monde en voulait plus d’une.

Les jouets pour garçon, c’était différent : les petites voitures, les GI-Joe, et – tout particulièrement – les robots transformers, que j’accumulais. Je voulais toute la collection, mais d’en avoir un seul en double, c’était du gâchis. Du point de vue du fabriquant, pour vendre, il fallait faire des nouveaux modèles – et de mon point de vue, tout ce qu’ils pourraient fabriquer de nouveau, je voulais l’avoir. Folie de collectionneur enfant.

C’est la télévision qui donnait à ces jouets comme une sorte d’aura. Mon père l’a découvert à ses dépens le jour où, sans doute pour calmer un caprice, il m’a offert un robot sans marque acheté au supermarché. A ces yeux, c’était sans doute la même chose qu’un transformer – mais j’ai souvenir encore de ma tristesse, alors que je tiens ce robot minable entre les mains. Bêtise de mon père, qui n’y comprenait rien, et si quelqu’un devait me voir avec, la honte. Sans son aura télévisée, ce robot, c’était juste un morceau de plastique sans valeur. Je crois qu’il a vite fini à la poubelle, et j’imagine qu’il flotte aujourd’hui quelque part, avec les poupées Chantal Goya, au large de Hawaii.