Looking back at my 35 year old self – #4

In 2013, I spent a term of studies in Nanjing, supported by a Hamer Scholarship. This was a transformative experience, and a moment to pause and reflect after an intense early period of migration. At the end of that year, I wrote down a series of journal entries, one-per-day, capturing my thoughts. COVID gave me the chance to revisit them: I was somewhat moved at meeting a younger version of myself. Now that I near the end of my PhD and a major book, and begin a new major venture in green energy, I realised patterns and struggles remained oddly similar. So, I thought I might share this journal here over the coming weeks – who knows, it might resonate with someone, trigger a useful insight, or just a passing moment of self-compassion. [I wrote this section in French – and translated it afterwards]. 

17 december

ll y trois ans, revenant de Chine, je pleurais après un dîner de collègues, épouvanté par la paresse et la bêtise. Je ne devrais donc pas me sentir triste de ne plus y travailler. Sans doute est-il injuste que, travaillant et faisant plus, je sois payé tellement moins qu’avant – mais le bonheur que j’y trouve remplace bien celui que je trouvais à ma paye.

Je pensais sur le chemin de retour du cinéma, que je n’ai jamais vraiment cherché à m’enrichir matériellement – mais que je souhaite offrir à ma famille la gloire qui vient du devoir rendu, du souci social, ou de la réussite culturelle. Lisant les Frères Karamazov, j’étais fasciné par le personnage d’Aliocha – que j’ai lu par la suite décrit comme un idiot. J’aspire depuis longtemps à une certaine naïveté – ironie, peut-on aspirer à la naïveté ? En me disant que l’argent viendra bien.

Peut-être d’ailleurs par l’amour : mon père, ou Philip me soutiendront si les choses vont mal. Et quand je serai vieux, m’aimera-t-on toujours ? Bah, peut-être, et si non, eh bien je serai toujours heureux alors de repenser aux belles choses que j’ai faites.

Encore faut-il les réussir. Je réfléchissais aujourd’hui à l’ambition – je le suis sûrement – et à ce qu’on appelle le succès. ‘What did you achieve’, pourrait-on demander, mais la réponse, comme l’enseignait Alain, dépend du point de vue. Pour certains que j’ai connus ici, sauter une brochette de chinoises sexy, sans doute, représente un ‘achievement’. Pour moi, c’est plutôt d’approfondir l’amour conjugal. L’un n’est pas nécessairement plus noble ou meilleur que l’autre. De même, linguistiquement, je n’ai pas ‘réussi’ à passer un examen – mais les dés étaient faussés d’emblée, dans la mesure où je devais moi même, en partie, déterminer mon niveau.

C’est la difficulté où je me trouve, mais aussi la liberté que je me suis donnée : j’opère dans un monde où je détermine moi même les critères du succès. Et je crois depuis que j’ai réussi le concours de l’Ecole Normale – puis de l’agrégation. Ayant réussi les concours les plus difficiles du pays où j’ai grandi – mais ensuite, un peu vague et perdu quant à ce que je veux faire – et finalement, décidant de migrer, de me convertir, et de lancer une initiative entièrement nouvelle. Est-ce que je réussis, où est-ce que, depuis ma thèse non soutenue, je suis en fuite d’un échec universitaire ?

Une chose est claire en tous cas, dont je me souviens très nettement : que j’enviais, parfois, Alexis, d’oser la carrière qu’il a choisie ; et que j’enviais Alain de vivre de ses scénarios, plus que je n’ai envié quiconque à la Sorbonne, enseignant à Henri IV, ou directeur de département à l’ENS. La liberté créatrice, c’est à cela que j’aspire depuis très longtemps. Et je ne devrais pas, donc, compter comme un échec d’y toucher ces temps-ci, bien au contraire.

Evidemment, c’est difficile. Il y a la difficulté d’être payé peu, et la frustration qui l’accompagne. Il y a la difficulté d’avoir peu d’argent pour payer tous ceux dont j’ai besoin pour m’aider. Il y a l’incertitude complète quant à l’avenir. Et puis il y a, plus radicalement, la difficulté de la liberté, cette peur de ne pas être dans la bonne route, car il n’y a pas de route, car il n’y a que des chemins possibles sur l’océan, des îles nouvelles à découvrir.

ll y trois ans, revenant de Chine, je pleurais après un dîner de collègues, épouvanté par la paresse et la bêtise. Je ne devrais donc pas me sentir triste de ne plus y travailler. Sans doute est-il injuste que, travaillant et faisant plus, je sois payé tellement moins qu’avant – mais le bonheur que j’y trouve remplace bien celui que je trouvais à ma paye.

Je pensais sur le chemin de retour du cinéma, que je n’ai jamais vraiment cherché à m’enrichir matériellement – mais que je souhaite offrir à ma famille la gloire qui vient du devoir rendu, du souci social, ou de la réussite culturelle. Lisant les Frères Karamazov, j’étais fasciné par le personnage d’Aliocha – que j’ai lu par la suite décrit comme un idiot. J’aspire depuis longtemps à une certaine naïveté – ironie, peut-on aspirer à la naïveté ? En me disant que l’argent viendra bien.

Peut-être d’ailleurs par l’amour : mon père, ou Philip me soutiendront si les choses vont mal. Et quand je serai vieux, m’aimera-t-on toujours ? Bah, peut-être, et si non, eh bien je serai toujours heureux alors de repenser aux belles choses que j’ai faites.

Encore faut-il les réussir. Je réfléchissais aujourd’hui à l’ambition – je le suis sûrement – et à ce qu’on appelle le succès. ‘What did you achieve’, pourrait-on demander, mais la réponse, comme l’enseignait Alain, dépend du point de vue. Pour certains que j’ai connus ici, sauter une brochette de chinoises sexy, sans doute, représente un ‘achievement’. Pour moi, c’est plutôt d’approfondir l’amour conjugal. L’un n’est pas nécessairement plus noble ou meilleur que l’autre. De même, linguistiquement, je n’ai pas ‘réussi’ à passer un examen – mais les dés étaient faussés d’emblée, dans la mesure où je devais moi même, en partie, déterminer mon niveau.

C’est la difficulté où je me trouve, mais aussi la liberté que je me suis donnée : j’opère dans un monde où je détermine moi même les critères du succès. Et je crois depuis que j’ai réussi le concours de l’Ecole Normale – puis de l’agrégation. Ayant réussi les concours les plus difficiles du pays où j’ai grandi – mais ensuite, un peu vague et perdu quant à ce que je veux faire – et finalement, décidant de migrer, de me convertir, et de lancer une initiative entièrement nouvelle. Est-ce que je réussis, où est-ce que, depuis ma thèse non soutenue, je suis en fuite d’un échec universitaire ?

Une chose est claire en tous cas, dont je me souviens très nettement : que j’enviais, parfois, Alexis, d’oser la carrière qu’il a choisie ; et que j’enviais Alain de vivre de ses scénarios, plus que je n’ai envié quiconque à la Sorbonne, enseignant à Henri IV, ou directeur de département à l’ENS. La liberté créatrice, c’est à cela que j’aspire depuis très longtemps. Et je ne devrais pas, donc, compter comme un échec d’y toucher ces temps-ci, bien au contraire.

Evidemment, c’est difficile. Il y a la difficulté d’être payé peu, et la frustration qui l’accompagne. Il y a la difficulté d’avoir peu d’argent pour payer tous ceux dont j’ai besoin pour m’aider. Il y a l’incertitude complète quant à l’avenir. Et puis il y a, plus radicalement, la difficulté de la liberté, cette peur de ne pas être dans la bonne route, car il n’y a pas de route, car il n’y a que des chemins possibles sur l’océan, des îles nouvelles à découvrir.

***

Three years ago, after coming back from China, I found myself crying after a dinner with colleagues, terrified by their laziness and dumbness. So, I shouldn’t feel sad not to work there anymore. It is probably unjust that, as I work and do more, I am paid so much less than I used to be – but the happiness I’m finding replaces what I used to derived from a salary. 

I was thinking, on the way back from the cinema, that I never really looked to get materially richer – but wished to offer my family the glory that comes from fulfilling your duty, social concerns, or cultural success. As I read the Brothers Karamazov, I was fascinated by the character of Aliocha – whom I later heard being described as an idiot. I have aspired, for a long time, to a certain naivety – irony, can one aspire to naivety? Telling myself that money would come somehow. 

And that may be through love: my father, or Philip, will support me if things go badly. And when I’m old, will people still love me then? Bah, maybe, and if not, well, I can still derive happiness from looking back at the beautiful things I did. 

But then, the hard part is succeeding in those. I was thinking today about ambition – and I am ambitious, for sure – and what people call success. ‘What did you achieve’, someone could ask, but the answer, as Alain used to teach, depends on perspective. For some I have known here, shagging sexy Chinese women counts as an ‘achievement’. For me, it’s  about deepening married love. One is not necessarily more noble or better than the other. In the same way, linguistically, I have not succeeded in ‘passing’ an exam – but the dice were skewed from the start, since I was responsible for assessing my own level. 

That’s the difficulty where I find myself, but also the freedom I gave myself: I operate in a world where I define the criteria for success. And I believe that, since I passed the competitive exam for Ecole Normale, then agregation – having succeeed at the most difficult competitive exams of the country where I grew up – but then, becoming a bit vague and lost as to what I wanted to do – and finally, deciding to migrate, convert, start a completely new initiative. Am I succeeding, or is it that, since I did not defend my PhD, I am fleeing away from academic failure? 

One thing is clear at least, which I remember very clearly: that I used to envy Alexis, at times, for daring the career he chose; and that I envied Alain that he lived off his scripts, more than I ever envied anyone at the Sorbonne, teaching at Henri IV, or directing a department at ENS. Creative freedom, that is what I have aspired too for a long time. And I shouldn’t, therefore, count as a failure that I have been touching to it these days, quite the contrary. 

Of course, it’s difficult. There is the difficulty of being paid little, and the frustration that comes with that. There is the difficulty of having little money to pay anyone I might need for help. There is complete uncertainty towards the future. And then there is, more radically, the difficulty of freedom, this fear not to be on the right road, because there is no road, because there are only the possible paths on the ocean, and new islands to discover.